dimanche 13 février 2011

Amours cubaines (1/4) – Au piano bar de l’hôtel Florida


Le noir assis en face de moi me scrute avec ses yeux perçants, dévoreurs. Je garde mon flegme. La soirée commence à peine et nous voilà enlacés sur la piste de danse. Sans préambules il prend ma main qu'il pose allègrement sur son sexe gonflé sous ses vêtements. J'ai l'impression que tout le monde nous regarde. La piste est éclairée afin que les spectateurs assis autour observent l'orchestre et les danseurs de salsa. Cet homme qui avait l'air si discret se transforme en exhibitionniste extravagant. Il sourit en remuant son corps sensuel. Je dépasse mes résistances, je suis ses ondulations, virevolte et me pliant à ses caresses provocantes, je me frotte à son bassin simulant les mouvements de la pénétration sexuelle dans toute sa fureur. La musique m'enivre et profitant de mon abandon, sa langue chatouille mon oreille, ses lèvres lèchent mon cou, mon visage, et s'emparent de ma bouche. L'orchestre a cessé de jouer lorsque j'ouvre les yeux. Nous rejoignons nos amis, l'ambiance est devenue fiévreuse. Une plantureuse négresse aux cheveux touffus trône au milieu de la petite salle alors qu’un homme blanc, apparemment un touriste, à genoux devant elle lui caresse ses souliers. Je ne m’attends guère à un tel spectacle dans un lieu public de la capitale cubaine et personne ne semble étonné comme si la scène était banale. Le garçon me chuchote des mots de désir et échafaude des plans pour poursuivre la soirée quelque part dans un appartement du centre de la Havane, vers le Malecón, Il me demande si son sexe dur me plaît, si j’aurais envie d’en profiter. Il prend mes doigts dans sa bouche et lèche la paume de ma main. Je me laisse faire. Je suis là depuis trois jours. Le lendemain je pars vers Trinidad et il n’est pas question de changer mes plans. Pourtant cette ville m’attire comme un aimant et rien que pour voir l’endroit où il propose de m’emmener, je l’aurais suivit aveuglément. Mais la raison l’emporte, la méfiance, les règles de prudence. Sur le chemin vers la casa où j’habite, il s’arrête tous les dix mètres. La musique tonitruante jaillit de son téléphone portable. Un flic apparaît de temps en temps dans l’obscurité. Le noir a l’habitude. Il sent sa présence et attend qu’il nous dépasse pour me pousser vers un mur. Il m’embrasse, me mordille la peau, me fait mal. Je suce ses tétons pour me venger, me livre à ses baisers et refuse d’explorer l’engin qu’il m’offre avec délectation. Il me demande de l’attendre, de ne pas céder aux avances d’autres hommes. Il joue au macho et moi, à la femelle en chaleur et maso.

Cet après-midi-là, dans une rue poussiéreuse aux façades colorées et décrépies, devant la Casa de la musica, ma jeune camarade de voyage aux long cheveux teints avait abordé celui qui était devenu en une soirée, mon "novio" cubain. Je n'avais prêté aucune attention à leur longue conversation animée lorsqu’un policier lui demanda sa carte d’identité. Le noir s’était exécuté sans ciller. Pendant que l’officiel téléphonait pour se renseigner, j’avais essayé de comprendre. Le garçon avait l’air résigné et il ne me donna aucune explication. A partir de ce que j’avais lu dans les guides, j’avais alors imaginé des histoires de business ou de prostitution. Cela ne nous empêcha pas de le retrouver ce soir-là, au rendez-vous qu'il nous avait donné au piano bar de l'hôtel Florida, où il nous attendait avec un ami.

(Photo trouvée sur Internet)

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