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mardi 26 avril 2011

D/s, un film SM en débat



« D/s » est un long-​mé­trage do­cu­men­taire réa­li­sé par Maî­tresse Léïa et Jacques Ri­chard à propos des jeux de do­mi­na­tion et de sou­mis­sion entre des maîtresses et leurs esclaves. Les femmes racontent leurs désirs, leurs fantasmes, leurs motivations. Elles organisent une soirée où elles donnent libre cours à leur imagination dans une ambiance bonne enfant qui peu à peu devient plus grave, plus intense. Il est rare de voir sur les écrans des images de BDSM tel qu'il est vécu par une multitude de personnes aujourd'hui. Une occasion de découvrir une facette de cette pratique érotique particulière et complexe, celle aussi de partager les réflexions des protagonistes et d'en parler ensemble.

Je vous donne donc rendez-vous, vendredi 13 mai à 21h30, dans la soirée au cours de laquelle je serai présente pour participer au débat organisé par le réalisateur et Maîtresse Leïa après la projection.



Projections à partir du 4 mai et pendant tout le mois au :

Cinéma Le Brady
39 Boulevard de Strasbourg
75010 Paris


Programme des débats :

le 6 mai à 21h30 avec Gala Fur, réalisatrice et écrivaine, qui présentera un court métrage où Maîtresse Léïa participe à un kidnapping : "quatrième sous-sol"

le 13 mai à 21h30 avec Mona Sammoun, docteur en sociologie du théâtre, auteure de "Tendance SM, essai sur la représentation sadomasochiste"

le 20 mai à 20h avec Jean Streff, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages dont "Le masochisme au cinéma"

le 27 mai à 21h30 avec Catherine Corringer, actrice et réalisatrice qui présentera aussi son court métrage "Day's night"

dimanche 27 juin 2010

Des féministes repensent le porno

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mercredi 2 juin 2010

SCUM / PERFORMANCE de Catherine Corringer

Dans le cadre du festival "Côté court", voici une occasion de découvrir la dernière performance de Catherine Corringer et de voir ou revoir ses films

SCUM / PERFORMANCE de Catherine Corringer
Suivie de la projection de Smooth - 23 min

Mercredi 16 Juin à 21h00, Ciné 104




D’après l’œuvre et avec le texte de VALERIE SOLANAS : SCUM MANIFESTO (1967)
« Cette performance physique et mentale qui nous laisse muets, sidérés, est une sorte de culte rendu à un texte culte, mais où rien n’est sacré.
Ce texte, c’est le Scum Manifesto de Valerie Solanas. Écrit en 1967 dans la rage, il est dit, par Catherine, d’une voix de Jedi inhumaine ou post humaine. Les mots sortent, non pas de sa bouche peinte, mais du corps d’un ordinateur, prolongement ou partie externe d’elle-même, dans un débit rapide, mécanique, haché de rires fous, ce qui nous change, heureusement, des lectures pompeuses traditionnelles (il y en a eu pas mal).
Valerie Solanas annonce la fin de l’homme, du mâle d’abord, bien sûr, genre particulièrement grotesque et auto-destructeur, et de la femme, ensuite, dont l’existence est aussi inutile et injustifiée.
Son manifeste est une manifestation d’impatience devant la lenteur du processus. Il est donc naturellement accompagné d’un ensemble de conseils pratiques pour le faire advenir au plus vite. Crimes, grève générale, et, ce qui est complètement nouveau et terriblement actuel, appel à la transformation biologique de l’espèce.
Valerie Solanas écrit à coups de marteau, comme une « Nietzsche Girl », dit Avital Ronell dans une préface extraordinairement brillante à la réédition du texte en 2004. J’aurais dit plutôt comme une « Nietzsche Butch » pas « girly » du tout, dont l’énorme moustache serait un postiche (ce qu’elle était peut-être)."

Ruwen Ogien, extrait des Carnets Côté court, 2010

et,

Vendredi 11 Juin à 21h00, Ciné 104 - (Interdit aux moins de 18 ans)


Les Trois Catherine
En présence de Catherine Corringer, Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet., projection de :


1. In Between / Catherine Corringer - 26 min
2. Day's Night / Catherine Corringer - 20 min
3. This is the Girl / Catherine Corringer - 16 min

Conversation entre Catherine Corringer, Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet

Lecture par Catherine Corringer d’un extrait de « Jour de souffrance » de Catherine Millet

Projection des Contes immoraux, Erzsébet Báthory, Walerian Borowczyk, (France, 1974), 34’

Lecture par Catherine Corringer d’un extrait de « Cérémonie de femme » de Catherine Robbe-Grillet



Festival Côté Court
104, Av Jean Lolive
93500 Pantin
Tél : 01 48 91 24 91

Métro : Église de Pantin (ligne 5)
RER E: Gare de Pantin
Bus : Porte de Pantin (bus 75, PC2 et PC3)
Vélib' : Station n° 35009

vendredi 10 avril 2009

Bandaged de Maria Beatty



Mercredi 8 avril 2009, comme tous les fidèles de Maria Beatty, je ne pouvais manquer la projection de son dernier film Bandaged au Palais de Tokyo, en avant-première en France, dans le cadre du séminaire de Marie-Hélène Bourcier, Fuck my Brain.

Lucille est une jeune fille délicieuse, blonde, amoureuse de poésie. Elle vit dans un pavillon à la campagne avec son père qui l’adore et sa tante, privée de sa mère décédée. Elle rate une tentative de suicide et se retrouve défigurée. Son père chirurgien décide de la soigner et embauche une nurse pour s’occuper d’elle. Maria possède un talent indéniable pour reconstituer dans son deuxième long-métrage l’atmosphère oppressante et le suspens des films noirs des années cinquante qu’elle apprécie. Elle arrive à créer des relations psychologiques crédibles entre ses personnages n’hésitant pas, au cours de la conversation qui a suivi avec le public, de révéler les références personnelles l’ayant guidée dans son projet.




Mon attention s’éveille à l’arrivée de l’infirmière. La belle en escarpins à talons aiguilles franchissant les marches du perron du pavillon augure de plaisirs que je tarde à découvrir et les séquences du père dans son laboratoire finissent par m’exaspérer. J’attends longtemps avant de savourer quelques scènes entre la blonde Lucille et sa nurse brune. Sur ce registre, la réalisatrice sait y faire. Entre les deux femmes, la relation naissante est exprimée avec subtilité. L’érotisme est à son comble lorsque l’infirmière, éponge le corps à peine dévoilé de Lucille et caresse ses orteils. Maria possède aussi l’art de nous laisser sur notre faim ! Suivront deux magnifiques scènes où l’on voit l’infirmière se promenant entre les arbres, elle a changé de look. En gentle-woman farmer, elle accourt vers Lucille affaiblie qui n’avait pas droit au soleil. Puis, elle la porte vers sa chambre et l’entreprend langoureusement vers une extase fatale. Plus tard, Lucille retournera la situation en attachant son infirmière au lit avec des étoffes.



Après la projection, un débat est proposé au public par Marie-Hélène Bourcier en présence de la réalisatrice et de Martine Erhel (dans le rôle de la tante). Maria nous explique ses intentions dans la réalisation d’un film de genre. Elle revient sur les moyens limités du tournage à Berlin. Les relations familiales sont sans doute au cœur de son inspiration. Elle parle de son intérêt pour les accessoires médicaux dont elle est familière, son père étant médecin. Elle se rapproche de l’esthétique gothique dans son sens artistique large. Les relations féminines sont abordées comme une idéalisation de la figure maternelle et Maria évoque son admiration pour certaines stars des années cinquante. A ce sujet, surgit un échange assez vif entre elle et Marie-Hélène qui restera comme un moment d’anthologie ! Alors que l’universitaire lui rappelle que le film repose sur la relation lesbienne, que le fétichisme y est très présent, Maria se refuse à classifier son film selon une catégorie sexuelle: lesbienne, sm ou fetish et s’étonne même que ce puisse être le cas.

Au moment où je salue Maria à la sortie du Palais de Tokyo, malgré ce que je viens d’entendre, je lui dit combien j’ai aimé les femmes de son film ainsi que les scènes fétichistes et sm… Secrètement j’espére qu’elle aura à nouveau le désir de nous offrir l’un de ces petits bijoux érotiques dans un registre où elle excelle et où elle n’a aucune concurrente.

Maria Beatty, sublime masochiste

Ma rencontre avec la réalisatrice américaine Maria Beatty date de 1999 au moment où ses films ont été projetés dans le cadre du premier Fetisch Film Fest à Paris. Je l’avais alors invitée à réaliser une performance à la boutique Dèmonia. Deux séances avaient été prévues ce soir du samedi 6 février, l’une à 19h et l’autre 20h. Plusieurs jours avant le rendez-vous, toutes les places avaient été vendues mais le standard ne cessait pas de sonner. Maria avait donc elle-même proposé de rajouter une troisième performance à 21h. Devant le public français, elle avait décidé de se soumettre à Kela, sa dominatrice attitrée de l'époque, belle amazone de couleur aux yeux bleus. Surprise de dernière minute : Auchan, sa girl-friend qui ne la quittait jamais et qui demeurait présente lors des interviews, avait décidé de partager ce moment exceptionnel et de monter sur scène.

J’écrivais à l’époque :

« Deux dominatrices l’une, très garçonne, les cuisses recouvertes de cuissardes luisantes et l’autre extrêmement féminine, revêtue d’un long manteau ont entrepris de guider Maria, bras relevés les mains croisées derrière la nuque, vers le podium autour duquel, à chaque séance, s’était regroupée une centaine de personnes recueillies en un silence religieux dans l’attente de la cérémonie. Maria est à quatre pattes. Kela la fouette sans préliminaires puis elle la prend par la laisse, une sorte de corde tressée, et l’allonge sur une table. Aidée par Auchan, Kela attache Maria avec art. Auchan, l’ange de Maria, la caresse. Elle glisse un collier de perles entre ses lèvres, l’embrasse tendrement pendant que la maîtresse pose des pinces chirurgicales aux pointes des seins de l’esclave. Les pinces sont reliées à des rubans roses que les femmes tirent respectivement… Les performances n’étaient pas tout à fait identiques. La deuxième fois, Maria a les jambes écartées en V avec une barre, menottée aux chevilles… A la troisième performance, la cire coule sur ses seins, elle est fouettée sur le sexe… »

Le souvenir de cette soirée demeure pour moi inoubliable. A cette occasion j’avais passé du temps avec Maria et ses amies. J’avais échangé longuement avec elles fascinée par leur gaieté et leur passion du sm. J’étais admirative de la force qu’avait Maria à vivre son masochisme tout en créant des œuvres qui me paraissaient exceptionnelles. Parmi ses premiers films, The Elegant Spanking, The Black Glove ou The Boiler Room représentaient une sorte de révélation. Je découvrais dans ces images la concrétisation de scènes lesbiennes, sm et fétichistes longtemps rêvées.

jeudi 5 mars 2009

Smooth de Catherine Corringer au Festival des Films de Femmes de Créteil



La carrière cinématographique de Catherine Corringer, comédienne au théâtre, a démarré d’une manière assez confidentielle en 2005 au moment de la sortie de son premier film Day’s Night. Elle se lançait dans la création d’une œuvre originale, produite, écrite, montée et réalisée par elle. Environ une année auparavant, j’avais rencontré la réalisatrice. Elle était dans une phase de découverte de la scène SM et nous avions très vite sympathisé. J’avais alors été invitée à faire les photos du tournage, certains de ses amis étant les principaux acteurs et collaborateurs de ses œuvres où elle tient le rôle principal. Je garde de cette expérience des souvenirs intenses d’autant plus qu’elle a représenté, me semble-t-il, une sorte de laboratoire où s’est constituée la démarche esthétique de l’artiste, déjà évoquée dans ce blog. Deux films ont suivi : In Between (2006) et This is the Girl (2007) que j’ai découverts une fois achevés, comme Smooth à présent.

Dès les premières minutes du film qui dure une vingtaine de minutes, j'identifie un changement par rapport aux œuvres précédentes. Le rythme et le langage narratif ne sont déjà plus les mêmes. Le spectateur est entraîné dans un mouvement accéléré d’images qui se succèdent en couleur et en noir et blanc. Les gros plans sont nombreux et rendent la distinction des formes assez difficile. Inutile de chercher à comprendre, cette œuvre mise sur la capacité du spectateur à lâcher prise, à se laisser atteindre par la performance. Les non-initiés seront sans doute décontenancés. Les autres percevront d’abord une expérience d’auto fist-fucking réalisée par un homme au visage caché dont les mamelons, le sexe, les couilles sont particulièrement développés. Par la suite, viendra le temps d’une douce complicité entre cet homme et la comédienne/réalisatrice. Les bras de la femmes aux marques saillantes sauront se lover dans la fente souple et entraînée de son partenaire. Cette pratique devenue depuis les années soixante-dix le symbole d’une sexualité hard homosexuelle a intéressé Michel Foucault. Elle a été célébrée par le photographe Robert Mapplethorpe auquel j’ai pensé en voyant ces images. Pour Catherine Corringer, elle désigne une expérience fondatrice relative à la naissance. D’ailleurs la bande-son, très réussie, traduit les battements d’un cœur, la respiration évoquant une éclosion ou un accouchement. Il s’agit d’un avènement. Si je me réfère aux quelques lignes du synopsis, ce serait celui «d’un monde d’avant l’assignation de genre».

Cette fois-ci, contrairement aux autres films, on ne voit pas de sexe féminin mais un sexe masculin mou, élastique au point d’être noué par son possesseur. Ce corps d’homme doux, lascif, est pénétré dans un mouvement lent et serein qui tranche avec la nervosité de la femme, son agitation. L’homme est passif, il est calme, on ne voit pas son visage. L’ « œil » de la femme s’impose, scrute, cherche, se confond avec l’oeil de la caméra, puis se repose à peine, songeur. A la fin de cette étrange traversée des organes de chair et des pulsations resurgit la figure androgyne de l’enfance. Une facette familière de la réalisatrice. Elle sautille, son visage est souriant, elle tente d’attraper le ciel.

Les films de Catherine Corringer sont déjà passés dans de nombreux festivals. Ce dernier est sélectionné en compétition au Festival International des Films de Femmes de Créteil ainsi qu’au festival Côté Court qui se déroulera à Pantin en juin 2009. Avec Smooth, la réalisatrice atteint une maturité esthétique et performative impressionnante qui mérite d’être récompensée. Good luck my dear !