Les ateliers bondage de Paris-Munch, réalisés en général par Phil, sont apparemment bien rodés. Les participants arrivent au studio de Montreuil avec une bouteille, du fromage ou des chips à mettre sur la table commune pour boire un verre avant de s’atteler à l’art du bondage. En ce week-end de juin de la semaine dernière, un maître des cordes, Matthias Grimme, grande star en son pays l’Allemagne, en compagnie de son amie Nicole, nous réservent quatre heures d’initiation. Mes camarades d’atelier m’apparaissent ce jour-là plutôt concernés par le BDSM. Y’a-t-il quelque novice dans ce cercle de femmes et d’hommes de tous âges? Comment s’en rendre compte? Le bondage est devenu aujourd’hui une porte d’entrée esthétique et accessible à de nombreux curieux.
Ça n’était pas le cas au début des années quatre-vingt-dix lorsque je tombais sur les images de Nobuyoshi Araki inconnues à ce moment-là du grand public. Je feuilletais alors un numéro du magazine Domina réalisé à l’époque par un jeune homme auquel il serait enfin temps de rendre hommage, qui, sous le pseudo de Kyle Rise, présentait des artistes dont le travail avait un lien avec le sadomasochisme. En ce temps-là, finalement pas si éloigné que cela, ces photos avaient un goût de secret et d’interdit. Autant je savoure aujourd’hui de les revoir sur les blogs des amateurs de BDSM, autant les trouver sur les rayons des solderies m’attriste.
Pour en revenir à l’atelier du samedi 6 juin, me revoilà en tenue décontractée écoutant avec attention les leçons de notre maître du jour. Il nous explique que cette tendance à pratiquer le bondage de la part de personnes non initiées au BDSM, entraîne une certaine négligence des règles minimum de sécurité. Les amateurs néophytes s’imaginent pouvoir reproduire les figures de bondage trouvées dans les magazines ou sur les sites Internet sans se douter des précautions nécessaires à prendre.
Nous passons rapidement à la pratique et, une fois de plus, je me retrouve attachée, les cordes m’enserrant les bras, la poitrine, mes yeux rencontrant le regard complice d’autres « victimes » des liens. Et peu à peu, exactement comme cela se produisit lors de ma première expérience, je me relâche et me détends, les palabres autour de moi s’éloignent. A mesure que le temps passe, je me délecte à me faire manipuler.
Mon amie, Y., s’entraîne sur une trans d’au moins 30 cm de plus qu’elle obligée de se mettre à genoux, ce qui me paraît tout à fait normal puisque mon amie est domina. Un peu plus tard, je me frotte les yeux : mon amie se trouve à son tour non seulement liée, mais suspendue. Et le commentaire du jeune homme qui s’amuse de cette situation de nous voir dans une telle position arrive bien à propos… non, ce n’est pas souvent qu’il nous verra ainsi heureuses d’être contraintes et attachées !
(Photos de haut en bas : Nicole et Matthias Grimme réalisant une démonstration en début d'atelier, une participante attachée par Nicole avant d'être suspendue et enfin, mon amie Y. manipulée par notre nouvelle complice trans)

