dimanche 27 juin 2010

Des féministes repensent le porno



Dans le foisonnement des événements artistiques et culturels de ce printemps parisien, le titre d’une table ronde a particulièrement attiré mon attention : « Je suis féministe, je fais du porno, pourquoi pas vous ? ». Cette rencontre avait lieu le 14 juin dernier, dans le cadre d’une journée d’étude organisée par Marie-Hélène Bourcier en marge de la deuxième édition du Paris Porn Festival. Ce débat réunissait : Sophie Bramly (SecondSex.com, X-Femmes), Caroline Loeb (réalisatrice française), Mia Engberg (réalisatrice suédoise), Judy Minx (actrice, éducatrice sexuelle, performeuse), Maria Llopis (réalisatrice, écrivain de langue espagnole, fondatrice du collectif Girls who like porno) et trois représentantes du collectif lillois Urban Porn (performances et vidéo).

Plusieurs générations étaient représentées et différentes conceptions du porno se sont exprimées. Mia Engberg a réalisé Dirty Diaries, présenté en avant-première en France à l’ouverture du festival. Ce film est composé de douze courts-métrages réalisés avec des téléphones portables par des femmes dont c’était la première expérience de tournage porno. Elle se positionne contre le concept de la différence sexuelle homme/femme, ne croit pas en une expression spécialement « féminine ». L’objectif de son film est de proposer des représentations diversifiées de la sexualité, le porno étant d’après elle, une forme d’art.

Sophie Bramly productrice avec Canal + en 2008 de X-Femmes, considère que « la question économique étant réglée pour les femmes » (difficile de partager ce constat !) il s’agit à présent de s’intéresser à leur sexualité qui n’est pas si libérée. Pour son site Second sexe, face aux milliers de films pornos existants réalisés par des hommes, elle en recence environ 400 réalisés par des femmes de par le monde. Quant à son choix d’artistes (Arielle Dombasle, Lola Doillon, Laetitia Masson, entre autres), elle assume parfaitement le fait de s’adresser à un public de bourgeoises.


Judy Minx 21 ans, actrice porno depuis sa majorité, affirme que le porno hétéro pour lequel elle travaille est plus diversifié qu’on ne le croit. Militante dans des groupes féministes, elle ne pense pas qu’il existe des fantasmes « féminins » ou un désir féminin qui aurait besoin de plus de douceur. Un « meilleur porno » serait d’après elle, un porno plus diversifié. Caroline Loeb a parlé de « film porno pudique » réalisé avec « classe et retenue » à propos du court métrage qu’elle a réalisé dans la série de X – Femmes.

Quant à Maria Llopis, elle s’intéresse à la pratique du « sexe hard » à Barcelone et au lien entre le porno et la prostitution. Enfin, le collectif Urban Porn, réalise des performances artistico pornographiques dans des lieux publics. Ses représentantes revendiquent une certaine prise de pouvoir par les gouines. Elles critiquent l’injonction qui est faite aux femmes de rentrer dans des catégories, notamment en se réappropriant les codes du porno.



Persuadée que le porno est une industrie de mecs, produite pour un public d’hommes (hétéros ou homos), j’ai trouvé cette conversation réjouissante. Je m’intéresse au fait que des femmes tentent des expériences dans ce domaine. J’ai apprécié Dirty Diaries pour son côté expérimental, son humour, les messages qui parviennent au spectateur à travers des images quelquefois surprenantes et des situations inattendues. On voit des scènes d’exhib, de masturbation, de pénétration, des gros plans de sexes de femmes ou d’hommes, du SM (un court métrage s’intitule « Autorité »). On y trouve tous les ingrédients d’un film de cul… sans qu’il en soit vraiment ! En salles à partir du 30 juin, interdit au moins de 18 ans.

2 commentaires:

  1. Vivement la projection: les premières images que j'en ai vu sont d'une insolente fraîcheur.
    Je partage vos réticences quant à cette condition économique des femmes: elle est souvent aussi fragile qu'est obscène l'indifférence qu'elle suscite.

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  2. Je suis en train de passer à la lecture des grands classiques des "porn studies", et c'est assez dur puisque je ne suis pas anglophone. En plus, j'ai du mal à retrouver certains livres... mais bon, c'est comme çà.

    Une des difficultés est de trouver un point de vue "inédit" pour aborder ces thèmes sur lesquels la littérature commence à se multiplier (bien que tout ne soit pas pertinent).

    J'ai un peu la rage de ne pas avoir pu aller à cette conférence que vous mentionnez et au Paris Porn Film Fest... C'est à s'arracher les cheveux.

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