vendredi 10 avril 2009

Bandaged de Maria Beatty



Mercredi 8 avril 2009, comme tous les fidèles de Maria Beatty, je ne pouvais manquer la projection de son dernier film Bandaged au Palais de Tokyo, en avant-première en France, dans le cadre du séminaire de Marie-Hélène Bourcier, Fuck my Brain.

Lucille est une jeune fille délicieuse, blonde, amoureuse de poésie. Elle vit dans un pavillon à la campagne avec son père qui l’adore et sa tante, privée de sa mère décédée. Elle rate une tentative de suicide et se retrouve défigurée. Son père chirurgien décide de la soigner et embauche une nurse pour s’occuper d’elle. Maria possède un talent indéniable pour reconstituer dans son deuxième long-métrage l’atmosphère oppressante et le suspens des films noirs des années cinquante qu’elle apprécie. Elle arrive à créer des relations psychologiques crédibles entre ses personnages n’hésitant pas, au cours de la conversation qui a suivi avec le public, de révéler les références personnelles l’ayant guidée dans son projet.




Mon attention s’éveille à l’arrivée de l’infirmière. La belle en escarpins à talons aiguilles franchissant les marches du perron du pavillon augure de plaisirs que je tarde à découvrir et les séquences du père dans son laboratoire finissent par m’exaspérer. J’attends longtemps avant de savourer quelques scènes entre la blonde Lucille et sa nurse brune. Sur ce registre, la réalisatrice sait y faire. Entre les deux femmes, la relation naissante est exprimée avec subtilité. L’érotisme est à son comble lorsque l’infirmière, éponge le corps à peine dévoilé de Lucille et caresse ses orteils. Maria possède aussi l’art de nous laisser sur notre faim ! Suivront deux magnifiques scènes où l’on voit l’infirmière se promenant entre les arbres, elle a changé de look. En gentle-woman farmer, elle accourt vers Lucille affaiblie qui n’avait pas droit au soleil. Puis, elle la porte vers sa chambre et l’entreprend langoureusement vers une extase fatale. Plus tard, Lucille retournera la situation en attachant son infirmière au lit avec des étoffes.



Après la projection, un débat est proposé au public par Marie-Hélène Bourcier en présence de la réalisatrice et de Martine Erhel (dans le rôle de la tante). Maria nous explique ses intentions dans la réalisation d’un film de genre. Elle revient sur les moyens limités du tournage à Berlin. Les relations familiales sont sans doute au cœur de son inspiration. Elle parle de son intérêt pour les accessoires médicaux dont elle est familière, son père étant médecin. Elle se rapproche de l’esthétique gothique dans son sens artistique large. Les relations féminines sont abordées comme une idéalisation de la figure maternelle et Maria évoque son admiration pour certaines stars des années cinquante. A ce sujet, surgit un échange assez vif entre elle et Marie-Hélène qui restera comme un moment d’anthologie ! Alors que l’universitaire lui rappelle que le film repose sur la relation lesbienne, que le fétichisme y est très présent, Maria se refuse à classifier son film selon une catégorie sexuelle: lesbienne, sm ou fetish et s’étonne même que ce puisse être le cas.

Au moment où je salue Maria à la sortie du Palais de Tokyo, malgré ce que je viens d’entendre, je lui dit combien j’ai aimé les femmes de son film ainsi que les scènes fétichistes et sm… Secrètement j’espére qu’elle aura à nouveau le désir de nous offrir l’un de ces petits bijoux érotiques dans un registre où elle excelle et où elle n’a aucune concurrente.

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