lundi 1 février 2010

Lectrice perverse



A la suite de l’un de mes derniers commentaires, je n’ai pas tardé à recevoir des messages de S* que je vous fais partager avec son accord . De mon point de vue, S* est devenue un personnage attachant de ce blog. Et ce mot «perverse» signifie la concernant : «coquine», «excitante». J’aime sa façon d’être à la fois sage et audacieuse, lointaine et complice, tellement présente lorsqu’elle lâche ses mots, exprime son désir et son plaisir par la souffrance... jouissive

"Juste un mot ce soir, faute de temps. Si mes mots t'excitent, tes textes à toi alimentent mes fantasmes. Seule ce soir, je m'imagine soumise à tes désirs, contrainte de te lécher aussi longtemps qu'il te plaira, assise devant mon écran en relisant tes textes, en peignoir mais sans culotte, de lourdes pinces étirant douloureusement mes tétons"…

"Pour toi je mouille, oui, pour toi sous ton fouet je me tords dans mes liens, mais pour toi ma langue s'applique, passe et repasse sur ta chatte... ta chatte trempée sous tes doigts ce soir?"

"Je ne crois pas être perverse, je suis quelqu'un de plutôt sage dans la vie ordinaire, méthodique dans mon travail, banale dans les rapports humains mais quand vient le soir - quand je suis seule comme ce week-end où mon fiancé a dû partir dans sa famille - oui je sens remonter en moi des désirs puissants. Et tu en fais partie, oh oui Mona, de cette face sombre mais si délicieuse, comme P. et la poutre sous laquelle il me suspendait pour me cravacher, comme Marion dont les fessées et les gifles d'amour me manquent. La différence c'est que nous ne nous sommes jamais vues, toi et moi, et que ce pur fantasme donc n'en est que plus fort.

Pourtant je suis heureuse, mon fiancé est adorable, il est tout à fait performant au lit mais il reste complètement en dehors du monde sm... et n'a pas accès à ma page Facebook, dont il se moque éperdument d'ailleurs comme d'internet en général!

Pardonne moi si j'ai pu te choquer par mes paroles crues mais j'ai l'impression quand je t'écris – dis-le moi si c'est faux - que nous sommes complices et que mon plaisir rencontre alors le tien. Oui j'aime être liée, dépendante, souffrir sous les lanières d'un fouet manié sans faiblesse, serrer les dents lorsqu'une canne zèbre mes reins, jouir en voyant chavirer le regard de celui (celle) qui me fustige et finit par m'arracher des gémissements qui ne sont pas feints.

En retrouvant sur ton blog le récit de P. sur le bateau, histoire qu'il m'a souvent raconté et dont je suis encore jalouse, je ne peux m'empêcher d'envier Sonja et je me sers beaucoup de ce fantasme pour l'apprivoiser, me l'approprier en quelque sorte pour l'exorciser. Et tes récits à toi m'excitent à un point tel que - confidence que je n'ai jamais faite - il m'arrive, comme ça, d'un coup - de devoir m'isoler aux toilettes de la boîte pour me branler comme une collégienne en quelques instants et revenir mine de rien à mon bureau.

Rien que d'écrire cela, voilà à nouveau que je suis trempée, à cause (grace à) de toi.

A bientôt," S*



"Soumise pour t'obéir,
sous ta cravache gémir,
souffrir mais tenir,
pour te faire jouir,
les mains liées,
la tête tenue,
entre tes cuisses,
langue tendue,
pour ton plaisir."

Photos de Jonathan Abbou

dimanche 24 janvier 2010

Continent dark




Jeudi dernier, avait lieu le vernissage d’une exposition de *James (photo ci-contre), une jeune photographe croisée à plusieurs reprises dans des occasions artistiques ou BDSM. J’arrivais donc de bonne heure au Lust, le restaurant de la rue de Beauce dans le Marais, devenu le QG d’une faune éclectique réunissant des personnes de sexualités différentes (homos, lesbiennes, bi, trans, hétéros).

Des créatures fantomatiques hantent les images que je découvre sur les murs. Il y a des corps de femmes nues, des silhouettes androgynes, des scènes baignées par la pénombre où l’on imagine un rituel étrange, quelques rares objets de décors, un crucifix. Un projecteur met l’accent sur un pénis recroquevillé. La photo de grande dimension est en noir et blanc comme la plupart des autres clichés exposés. Sur l’écran de l’ordinateur ouvert sur la table, un petit film présente deux personnages nus, les visages cachés par des cagoules. Ils se cherchent, s’attirent, se caressent avec un grand couteau, une sorte d’épée impressionnante.

J’échange quelques mots avec les amis de *James dont Mélanie qui me confie être la créature apparaissant dans la série intitulée Métamorphosis (ci-dessus). Je l’avais prise pour un jeune homme travesti… je ne cache pas mon étonnement. La jeune femme en rit et ne se préoccupe guère des fantasmes projetés par le public sur ces photos pour lesquels elle a posé à la demande de son amie, réalisant une performance artistique. Le lieu se remplit à craquer.

Je reconnais une jolie brune, Estelle. Elle avait été attachée par Nawashi Murakami lors du premier passage de celui-ci à Paris il y a de longues années. L’un des nouveaux membres du bureau de Paris-M m’expose les projets de l’association pour 2010. Soixante personnes s’étaient retrouvées mercredi dernier lors de leur rencontre mensuelle. L’association est devenue une porte d’entrée vers le BDSM pour de nombreux amateurs dont des provinciaux. Je revois ce soir-là beaucoup d’amis et de connaissances, mais le «petit milieu » a bien changé !


A présent, une large mouvance réunit les réseaux bdsm, fétish/sm, gothiques, amateurs de bondage ou de modifications corporelles, ainsi que les accros d’une cyberculture érotique. Si des noyaux spécifiques à chacune de ces subcultures subsistent et conservent leurs propres codes, la tendance est à l’hybridation, à la mixité, au développement d’un monde parallèle mondialisé. Pour aborder cette nouvelle configuration, le livre de Philippe Rigaut : Continent Dark, paru en novembre dernier aux éditions Ragage, nous propose une grille de lecture intéressante. Son « introduction aux subcultures sombres », sous-titre de l’ouvrage, traverse deux cents ans d’histoire culturelle et artistique. D’un chapitre à l’autre, il relève dans les genres et les courants (le fantastique, l'expressionnisme allemand, la décadence, le goth, le punk, la science fiction, etc.) les éléments d’une esthétique de l’ambivalence. Eros et Thanatos se rejoignent dans ces expressions subversives souvent diabolisées. L’auteur tisse un fil d’Ariane entre des époques, des styles, des formes, des personnages mythiques pour éclairer notre présent. Ce livre dense tente une approche pour comprendre le sens de notre socialité particulière. Je n’aurai pas fini de sitôt d’en explorer toutes les richesses.

Pour lire un entretien réalisé par Laurent Courau avec Philippe Rigaut sur le site La Spirale, cliquez ici.

Vous pouvez voir (et acheter) les photos de *James au Lust : 8, rue de Beauce dans le 3ème arrondissement de Paris, jusqu'au 3 mars prochain

samedi 9 janvier 2010

Une décennie d’euphorie bdsm





Au tournant du siècle dernier, la scène bdsm française avait conquis notre paysage social avec ses soirées régulières, ses boutiques spécialisées et ses sites internet. Les images de domination et de soumission, qu’elles soient bcbg ou pornographiques, fétichistes, ou publicitaires avaient trouvé leur place dans les représentations culturelles, artistiques et populaires de nos différentes expressions. Le fait que ces images se répandent ne signifie pas que les règles et les codes de cette représentation et de la pratique sadomasochiste ou bdsm aient disparus. Au contraire, comme je l’avais déjà expliqué dans Tendance SM (2004), des normes sociales et des interdits régissent cette représentation des images ainsi que la pratique sm (l'écrit jouissant depuis longtemps d'une liberté plus grande). S'il y a eu des changement depuis quelques années, ceux-ci se sont produits, me semble-t-il, sur un registre différent. Sur un plan esthétique par exemple, les influences venant de courants artistiques gothiques, des pratiques bodmod (bodymodification) ou cyber, des cultures japonaises notamment de l'art du kinbaku, sont très présentes. Une impulsion intéressante a jaillit de la part des personnes qui pratiquent le bdsm et des artistes, hors des circuits commerciaux. Ceux-ci ont créé des espaces de réunion et d'échanges ainsi que des blogs où une réelle réflexion émerge attirant de nombreux novices. Les études sur le genre en vogue depuis un moment dans les universités françaises et chez les jeunes ayant une sexualité extra hétérosexuelle, provoquent un intérêt nouveau pour notre sujet.



Il y a un peu plus d'un an, en septembre 2008, je démarrais ce blog avec l'idée de participer à cette formidable émulation. Les découvertes, les rencontres et les questionnements suscités par cette présence sur le web se sont avérés passionnants. L'intérêt pour mon livre, loin de retomber, surtout après l'épuisement du premier tirage, n'a fait que s'accroître de la part d'un public d'une rare qualité. L'année 2010 verra donc la publication de la deuxième édition de Tendance SM enrichie d'une préface et d'un chapitre supplémentaire. J'aurai l'occasion d'y revenir. Pour le moment, je vous présente à tous mes meilleurs vœux pour une année de complicité et de voluptés en vous remerciant sincèrement de votre fidélité.



(Photos prises dans les rues de Londres by moi-même!)

New Year’s eve 2010 à Torture Garden



Parmi les confidences recueillies après les fêtes, l'idée que le réveillon n'est ni la soirée la plus belle ni la plus marquante de l'année est une banalité. De nombreux amis sont restés tranquillement chez eux ou entre proches attendant que les feux d'artifices et les paillettes se fondent dans les ténèbres de la nuit. Cette année nous pouvions admirer, en plus des décorations scintillantes, les luminances provenant des flocons de neige virevoltant à travers les néons.

En cette nuit de la St Sylvestre, je suis penchée au bord de la rampe du balcon qui surplombe la piste de danse du Mass, la boîte de nuit où se déroule tous les ans la New year's eve de Torture Garden. Jusqu'à la dernière minute, je ne savais pas si la soirée aurait lieu (une alerte à la sécurité a faillit annuler la fête) et si j’arriverais à bon port au vu des problèmes de circulation de l'Eurostar.

Je suis donc doublement enchantée d'être là même si, ayant fait un tour dans les étages et après une incursion dans le donjon, je trouve l’ambiance joyeuse mais assez sage. Je ne sens pas la fièvre des désirs, l'urgence du passage à l'acte et des pulsions irrésistibles. Alors, entraînée par une musique géniale, je danse tout en observant les créatures déchaînées. Je m’en mets plein les mirettes, j’admire les corps en transe, nus, tatoués, percés, certains revêtus de tenues magnifiques. Les anglais ont toujours une longueur d’avance en matière de style et de créativité.

Ayant pris un verre au bar et échangé quelques mots avec un beau soumis, je me dirige vers le cabaret. La cage est occupée par une femme ligotée et suspendue qui se balance entre les barreaux. Deux travestis perchés autour de la cage lancent des regards langoureux au public tout en se caressant. A quelques mètres de là, une gogo girl en string se trémousse, enroule sa silhouette de liane autour d’un poteau, s’élance dans les airs puis glisse avec une souplesse d’acrobate de cirque.


Soudain, la musique change, je me tourne vers la scène où je reconnais maîtresse Amritan, déjà rencontrée l’année dernière, en kimono luxueux. Elle est entourée de servantes maquillées, portant des perruques colorées et luisantes. Un esclave est à leur service. La domina asiatique dirige une cérémonie silencieuse où les scènes fétichistes précèdent des épisodes de bondage et de légères humiliations. L’homme est attaché à une croix, les coups du fouet lacèrent son torse et ses cuisses. Autour de moi, on dirait que la fête s’est terminée. Tous les yeux sont figés vers l’estrade.