samedi 21 février 2009

Philo, porno, testo avec Beatriz Preciado



Le week-end dernier, 14 février, retour à Bourges pour La Testo Junkie Party, organisée par l’association Emmetrop. Béatrice Préciado présentait «Testo Junkie - Sexe, drogue et biopolitique» paru en octobre 2008 aux éditions Grasset & Fasquelle. Son premier livre « Manifeste contra-sexuel », publié en 2000 par Guillaume Dustand chez Balland, est considéré comme un classique de la théorie queer en France.

L’événement avait lieu à la friche de l’Antre-Peaux qui devient au fil des événements, une base de contre-culture incontournable pour les personnes intéressées par la mouvance queer. La conférence prévue en tout début de soirée dure environ deux heures. Je suis époustouflée par la prestation de l’auteur et surtout, par l’attention du public scotché à son siège. Je reconnais des étudiants des Beaux-Arts, des parisiens intéressés par le sujet. A côté de moi une artiste niçoise s’est déplacée spécialement pour l’occasion.

La philosophe espagnole nous explique sa démarche d’intoxication volontaire à la testostérone synthétique qui a duré 236 jours. Son nouvel essai est le fruit de ses réflexions au cours de cette expérimentation réalisée en même temps que deux événements surviennent dans sa vie : la mort de Guillaume Dustand et sa relation naissante avec Virginie Despentes. Elle décrit les transformations provoquées par le produit dans son propre corps. Elle nous présente sa théorie concernant ce qu’elle appelle « l’ère pharmacopornographique ». Elle avance ses analyses à propos du sexe, du genre et de la politique à partir de la découverte des hormones et du développement de la production pornographique. Elle ouvre sans conteste des horizons particulièrement intéressants, malgré certaines de ses affirmations susceptibles de provoquer la polémique, notamment lorsqu’elle s’attarde sur le rôle joué par la pilule contraceptive dans le renforcement du modèle hétérosexuel. Nous restons sur notre faim concernant les nouvelles formes de résistance et de transformation politique pourtant développées dans son livre.

Si la théorie queer (ou post-queer ?) se propose de se construire à partir d’une réflexion-action performative capable de dépasser les frontières disciplinaires et de reconfigurer les savoirs, le livre de B. P. est un modèle du genre. Il mêle les récits de cul, notamment SM, des passages lyriques à l’analyse intellectuelle. Son travail participe à l’émancipation de l’expression trans au sein d’Emmetrop et de son public. Une dizaine d’exemplaires de son ouvrage disparaissent du comptoir en moins d’une heure. Entourée de ses fans, je trouve pourtant l’occasion d’échanger quelques mots avec elle. La soirée ne fait que commencer…

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