dimanche 21 juin 2009

Le BDSM en débat

Dimanche 7 juin, une fin d’après-midi grise et fraîche, je pénètre dans une rue boboïsée du 3ème. Avec mon amie Y., je rejoins mes amis de Paris-Munch pour le débat organisé avec Matthias Grimme. C’est la première fois que je me rends au Lust, restaurant devenu le QG des débats de l’association BDSM. Nous nous réfugions au sous-sol dans un coin bar très cosy. Je visite la salle attenante occupée par une longue table. Sur les murs, une exposition de toiles gay sm assez réalistes attire l’œil. Je remarque quelques anneaux discrets. Le lieu est bien choisi. Peter l’organisateur est déjà là avec ses invités Matthias et Nicole. Wilfried, membre actif des munchs parisiens ne tarde pas à arriver, ainsi que les participants au débat : Michel-Jean Roupert, président d’honneur de l’association Mecs en Caoutchouc et muncheur assidu ainsi que Hervé Bernard Omnes, fondateur de l’ex association Amours Hard (le site internet du même nom est exploité commercialement aujourd’hui par d’autres personnes). Nous sommes invités à débattre de l’évolution du sadomasochisme de ces trente dernières années en France et en Allemagne. Il me semble que c’est vraiment la première fois que le sujet est abordé de cette façon en public. Et même si le public en question est très restreint, une trentaine de personnes, il s’avère particulièrement concerné. Autour de la grande table je croise des visages connus, d’autres pas, et certaines personnes rencontrées la veille à l’atelier.

Parmi les nombreuses questions posées, celle de déterminer le moment où la pratique sadomaso apparaît dans les mass médias semble intéresser particulièrement l’assistance. Années soixante-dix ? C’est la période des premières boîtes échangistes proposant des soirées sur le thème de la fessée et des soubrettes et des bars cuirs homo. Années quatre-vingt ? Le Minitel permet à tous les sadomaso de France, même ceux habitant les bleds les plus éloignés des villes, d’échanger et de se rencontrer. Au cours des années quatre-vingt-dix, les premières soirées fétichistes et sm sont organisées. La revue Domina grand public, vendue en kiosque avait eu maille à partir avec la loi et se transforme en Dèmonia « réservée aux adultes ». En effet, un article du Code pénal, abrogé en 1994 punissait : « Tous imprimés, tous écrits, dessins, affiches, gravures, peintures, photographies, films ou clichés, matrices ou reproductions phonographiques, emblèmes, tous objets ou images contraires aux bonnes mœurs ». Cet article constituait une épée de Damoclès placée au-dessus de toute expression et représentation de la sexualité, la notion de bonnes mœurs étant subjective et très floue. Dans le nouveau Code de 1993, l’article 227-24 punit tout «message violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur». Même si la définition de la violence ou de la pornographie sont également subjectives, du moment que la représentation de la sexualité est partagée par des adultes et qu’elle n’est pas visible par un mineur, elle devient libre et ne risque plus l’interdiction. De là, la multiplication d’une part, de produits réservés aux majeurs (films et vidéos sadomaso, revues, etc.) et de la prolifération dans la publicité et à la télévision d’images porno chic (grand public) ! Le nouveau Code a supprimé aussi la notion d’ « attentat à la pudeur ». Une année auparavant seulement, en 1992, l’homosexualité était supprimée des listes des maladies mentales.

Je ne peux pas retranscrire ici les divers sujets abordés au cours de ce débat ainsi que le point de vue de Martin Grimme à propos des lois et de la pratique allemandes. Pour avoir d’autres infos, vous pouvez lire ici le compte-rendu de Wilfried. Il me semblait juste nécessaire de rappeler ces quelques éléments fondamentaux à ceux qui s’interrogent à propos de l’histoire de la représentation et de la pratique sadomaso en France.

Au-delà d’une réflexion et d’une analyse à poursuivre, j’identifie quelques questions récurrentes que se posent les Paris-Munch : Quel peut être leur rôle et leur message dans le cadre de la visibilité BDSM ? Quel activisme est-il possible en France et quel serait son objet face au modèle anglo-saxon éminemment différent et attirant à la fois? Comment confirmer un positionnement pluri sexuel, multi genre, alors qu’il faut bien l’admettre, les femmes lesbiennes, queer, trans, sont encore cruellement absentes de leurs réunions?

Vers 21h30, le dîner est annoncé. Nous remontons au rez-de-chaussée pour nous disperser dans la salle du restaurant où nous poursuivons le débat à bâtons rompus. Je me dis qu’avec des participants aussi passionnés : étudiants de Paris 8 un moment distraits de leurs sujets de thèse, Yanh Minh plongé dans les cybers réseaux, ses accolytes, les représentants d’associations homos sm et toutes ces créatures différentes rencontrées à chaque fois, les Paris Munch ont de beaux jours devant eux !

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